Chipoteur

Par catégorie

Par date

Chô



Content :

Expédition belge en Terre de Baffin

Asgard Jamming, pour 4 premières ascensions ainsi que pour l'ouverture en libre d'une ancienne voie d'artif classique en A3/A4.
Expedition Belge

Sean Villanueva, Stephane Hanssens, Nicolas Favresse, Olivier Favresse and Silvia Vidal

Nico Favresse, athlète Black Diamond, nous a fait parvenir des compte-rendus irréguliers de son expédition de deux mois sur l'île de Baffin. De retour en Europe, il nous raconte ce 5.13 A1 (7c+ A1) quasiment libéré sur les 850 mètres de la face ouest du Mount Asgard. Avec son frère Olivier, Sean Villanueva et Stephane Hansens, il a passé deux mois à grimper et randonner dans la vallée reculée de Weasel. L'équipe a ouvert quatre nouvelles voies jusqu'à 1200 mètres de long, en style alpin et en libre à l'exception d'un petit mètre. Voici son reportage et ses incroyables photos.


Sean Villanueva, Stephane Hanssens, Olivier Favresse et moi revenons tout juste d'une expédition sur l'île de Baffin. Quel voyage incroyable ! Grimper en libre là-bas est étonnant, le potentiel de grimpe libre et de première semble sans fin. Notre objectif principal était de grimper autour de Mount Asgard, l'une des montagnes au look le plus étonnant que j'ai vu : deux tours cylindriques avec des murs très raides tout autour.

A côté de la grimpe, l'une des principales difficulté est l'isolement. En 45 jours, nous avons marché un bon mois (près de 600 km), tirant nos charges (trois semaines en montée, une semaine en descente) pour seulement deux semaines de grimpe. Cela semble disproportionné mais le lieu est tellement unique qu'à la fin, nous étions satisfaits et repus. Tout au long du chemin vers le Mount Asgard, il y avait des zones de blocs incroyables avec un sol de toundra accueillant, ce qui nous a offert un bel entraînement. Ces blocs sont à eux seuls une bonne raison de venir ici.

La grimpeuse solo de Catalogne, Silvia Vidal, s'est jointe à nous pour alléger sa logistique. Après plusieurs jours de portage jusqu'au pied du Tirokwa wall (son objectif premier), elle n'a pas senti assez de connexion avec cette face pour mobiliser son neige à ouvrir une première en solo. Elle est partie randonner à la place.

Nous décidons de l'inviter avec nous sur le Mount Asgard, ce sera intéressant et nous pourrons bénéficier du savoir-faire d'une grimpeuse d'artif. De plus, elle a un portaledge, ce qui est un bonus puisque nous ne sommes partis qu'avec un portaledge et deux hamacs pour être plus légers : grâce à elle, un seul d'entre nous devra dormir dans le hamac.

Alors que nous commençons à marcher le long de la Weasel Valley, de nombreuses faces se révèlent. Après plusieurs jours de marche intense, nous n'en pouvons plus et nous avons besoin de grimper sur du rocher ! Nous nous séparons en deux groupes et, parmi les nombreux choix de faces qui s'offrent à nous, nous choisissons notre ligne.

Sean et Steph réalisent probablement la première ascension de la face nord-ouest du Tirokwa Wall en s'avalant Chocolate Boomerang (700 m, 5.11 / 6b+) pour atteindre le sommet et revenir au camp en 24 heures. Cette ligne avait été suivie par des Australiens. Le rocher est censé être excellent, l'escalade engagée avec de fissures qui ne sont pas toujours bonnes.

Pendant ce temps, mon frère Olivier et moi optons pour une tour vierge qui se détache du Mount Odin. Nous grimpons la structure la plus évidente de la tour, la proue, et passons le Bic Rouge de Odin en 20 longueurs de 5.10 (5+) pour une probable première.

Avec ces longueurs dans les doigts, nous nous sentons mieux pour porter nos affaires le long des 60 km jusqu'à la base de notre prochain objectif : Mount Asgard. Après une reconnaissance sur deux voies d'artif, Inukshuk sur la tour nord et la Bavarian Route sur la tour sud, nous optons pour la seconde.

Le rocher est d'excellente qualité, très soutenu avec une série de longueurs dans le 5.12 / 5.13 ( 7a+ / 7c+). Après un séjour de onze jours sur le mur, en se partageant les longueurs en tête, nous parvenons presque à libérer la voie.

Trailer exclusif de l'expe : Vidéo

Blog de l'expédition : www.xpedition.be

Pour votre curiosité, regardez la scène d'ouverture de la vidéo d'une autre expédition en Terre de Baffin, dans le plus pur "James Bond Style".

Teaser exclusif : Vidéo

La glace a fondu depuis notre première ascension en 1996 et nous trouvons l'ancrage à 15 mètres au dessus du sol. La voie compte maintenant une nouvelle longueur. Après notre tentative infructueuse de libérer la voie depuis le sol, nous envoyons Silvia et ses accessoires (copperheads, crochets et autres jouets) résoudre ce problème qui se révèle être un "beau A4+", selon ses mots à elle. Pour nous, la possibilité de tomber au sol accroché au plus petit modèle de copperhead nous semblait terrifiante ! Nous avons du travailler cette longueur en headpoint et elle s'est avérée être cotée 5.12 E8 (7a+). La plupart des longueurs dures ont du être enchainées en redpointing alors que d'autres ont été libérées en headpoint pour éviter de poser des spits. La qualité de la grimpe et du rocher était vraiment excellente sur cette face. La plupart des longueurs proposait des fissures avec des sections d'escalade pure et dure entre les fissures.

Pour libérer, nous essayons plusieurs variations à partir de la voie d'origine tracée par des Bavarois, donc la moitié de notre ligne est complètement neuve. Nous appelons notre variation The Belgarian pour souligner la coopération entre les Bavarois et les Belges. Il faut préciser que la première n'a pas été réalisée dans le plus pur style : pas mal des trous de crochets, de rivets et de spits à côté de fissures parfaites.

Dans la 7ème longueur, il y a une petite section d'un mètres que je ne parviens pas à libérer. J'ai pourtant réalisé tous les mouvements pour m'assurer que la voie passait bien en libre. Mais c'était juste un peu trop dur, surtout après toute cette marche. La cotation minimum serait du 5.13+ (8a+ / 8b). Donc nous avons besoin d'un peu d'actif (nous devons aussi préciser que certaines des autres longueurs ont été travaillées en redpoint après avoir atteint le sommet).

Après quelques jours de récupération et de musique avec accordéon, mandoline, flûte, harmonica et percussions au camp de base, nous partons pour la tour nord en style alpin. Sean et Stéphane répètent la Porter Route en 24 heures de grimpe non-stop. Ils ouvrent à vue toutes les longueurs à l'exception de trois, mais selon eux, elles pourraient se libérer avec un peu de travail.

Olivier et moi grimpons la face nord-est de la tour nord, suivant ce que nous pensons être une première, le long de fissures fissures semblables à Serenity Crack (la classique du Yosemite). Nous pensons que la partie supérieure pourrait se confondre avec des longueurs d'une ligne ouverte cette saison par les Canadiens Jon Walsh and Chris Brazeau. La qualité de la session est incroyable. Nous l'avons tous les deux réussi sans tomber, à vue et en 24 heures environ. Le niveau est soutenu dans les 5.10/5.11 (6a / 6b+) avec des parties engagées nécessitant des traversées entre les systèmes de fissures.

Au final, nous avons passé un moment extraordinaire à Baffin. Le temps était parfait avec des températures confortables et quasiment pas de précipitations. En été, il n'y a pas de nuits, ce qui est pratique pour les longues sessions. Nous n'avons jamais eu besoin de frontales ! En tout cas nous devons revenir : le futur du Big Wall est à Baffin.

Nico.

Commentaire(s) (0)

Commentaires

Ajoutez un commentaire

  • * Champs obligatoire